Pourquoi votre titre est coupé : Google compte en pixels
Première idée reçue : il n'existe aucune limite officielle à 60 caractères. Google le dit lui-même, la balise title peut faire la longueur qu'on veut. C'est l'affichage qui est tronqué pour tenir dans la largeur de l'écran, et cette largeur se mesure en pixels.
Concrètement, un M ou un W majuscule prend bien plus de place qu'un i ou un l. Deux titres de 60 caractères peuvent donc s'afficher l'un en entier, l'autre avec des points de suspension. Les outils de prévisualisation tablent sur un peu moins de 600 pixels sur ordinateur, mais c'est une estimation de la communauté SEO, pas un chiffre publié par Google. Sur mobile, le titre peut passer sur deux lignes.
Alors pourquoi 60 ? Parce que c'est une marge de sécurité qui fonctionne la plupart du temps en français. Mon réflexe d'ancien développeur : ce qui compte tient dans les 40 à 45 premiers caractères, le reste est du bonus qui peut sauter sans casser le sens.
Pour vérifier sans deviner, Screaming Frog (gratuit jusqu'à 500 URL) affiche la largeur en pixels de chaque title dans son onglet dédié. Triez par largeur décroissante : voilà votre liste.
Coupé ou réécrit : ce n'est pas le même problème
La troncature, c'est de la mise en page. La réécriture, c'est un désaccord : Google a lu votre title et a jugé qu'un autre texte décrivait mieux la page. Depuis une mise à jour de 2021, il pioche plus volontiers ailleurs : le H1, un titre bien visible en haut de page, les ancres des liens qui pointent vers vous. Et il génère un titre par page, bien moins dépendant de la requête que l'extrait affiché en dessous.
C'est plutôt une bonne nouvelle. Un titre réécrit signale presque toujours un défaut de la page elle-même, et la documentation de Google sur les liens de titre liste les causes habituelles. Je les retrouve à chaque audit :
- un title à moitié vide, du genre « Accueil » ou le seul nom du site ;
- une année périmée, « Guide 2023 » sur une page mise à jour depuis ;
- un title qui promet autre chose que ce que la page contient ;
- des mots-clés empilés les uns derrière les autres ;
- le même bout de texte répété sur des dizaines de pages (« Livraison offerte | Boutique X ») ;
- un H1 qui raconte autre chose que le title, ou pas de titre principal clair du tout.
Si Google vous réécrit, ne cherchez donc pas d'abord une formule plus accrocheuse : réduisez l'écart entre le title, le H1 et le contenu réel. Pour la hiérarchie des titres, voyez l'exemple concret d'article aux titres H1, H2 et H3 bien structurés que j'ai décortiqué.
Quatre décisions à prendre avant d'écrire
Un bon title se décide plus qu'il ne s'écrit. Avant de chercher la tournure, je réponds à quatre questions, dans cet ordre :
- Quelle requête principale ? Une seule. Elle ouvre le titre, formulée comme les gens la tapent, pas comme votre catalogue la nomme.
- Quelle promesse ? Ce que l'internaute obtient en cliquant : une réponse, un prix, une méthode, une liste. Une promesse, pas trois.
- Quel différenciateur ? Tapez la requête et lisez les dix résultats. S'ils annoncent tous un « guide complet », c'est votre angle (un cas précis, une contrainte, un public) qui fera cliquer.
- La marque, ou pas ? Google affiche le plus souvent le nom du site à part, au-dessus du titre. En fin de title, la marque sert donc surtout à être coupée : courte, en dernier, sacrifiée sans regret quand ça serre.
7 formules qui tiennent sous 60 caractères
Voici celles que j'utilise le plus. Chaque exemple est compté espaces compris, aucun ne dépasse 60.
- La question, puis la réponse courte. « Peut-on congeler du pain ? Oui, avec 2 précautions » (50 caractères). Sur une question fermée, on répond, et la nuance donne une raison de cliquer.
- Le sujet, deux-points, la promesse concrète. « Balise canonical : la poser sans erreur, en 5 cas concrets » (58). La plus polyvalente : le deux-points sépare le sujet de ce que la page apporte.
- Le duel tranché. « Pompe à chaleur ou poêle à granulés : lequel pour 80 m² ? » (57). Ajoutez le critère qui fait trancher (surface, budget, usage) : un « lequel choisir ? » seul, tout le monde l'écrit.
- L'action sans la douleur. « Migrer son site sans perdre son trafic : la check-list » (54). On nomme la peur de la personne qui tape sa recherche. Redoutable sur les sujets techniques.
- Le nombre qui cadre l'effort. « Audit SEO : 7 contrôles à faire avec des outils gratuits » (56). Mettez le vrai nombre de points de l'article, pas un chiffre rond pour faire joli.
- Le repère attendu. « Ravalement de façade : prix au m² et aides en 2026 » (50). Annoncez le prix ou le délai que la page donne. L'année, seulement si vous mettez la page à jour chaque année : un « 2024 » oublié, c'est exactement ce que Google réécrit.
- Le public visé. « Facturation auto-entrepreneur : 6 logiciels gratuits testés » (59). Nommer le public filtre les mauvais clics. Et n'écrivez « testés » que si c'est vrai.

Ce qui ne marche pas, en revanche : les majuscules partout, les points d'exclamation, les emojis en rafale et les promesses que la page ne tient pas. Un titre trompeur peut être réécrit, et l'internaute déçu repart aussitôt vers les autres résultats.
Trois titres réécrits, avant et après
- Avant : « Accueil | Plomberie Martin » (26). Après : « Plombier à Toulouse, dépannage 7j/7 | Plomberie Martin » (54). « Accueil » ne dit rien à personne, sur la page souvent la plus vue du site.
- Avant : « Comment bien choisir ses chaussures de randonnée pour ne pas avoir mal aux pieds en montagne - Le Blog Rando » (108). Après : « Chaussures de randonnée : bien choisir, zéro ampoule » (52). Même sujet, même promesse, deux fois plus court.
- Avant : « Chaussures running homme, chaussure de course homme, basket running homme pas cher » (82). Après : « Chaussures de running homme : route, trail et petits prix » (57). Google comprend les synonymes : les empiler n'apporte qu'un motif de réécriture.
Dans les trois cas, ce n'est pas la longueur que j'ai corrigée en premier. C'est la promesse. La longueur a suivi toute seule.
Mesurer l'effet, puis laisser tranquille
Un title se juge au taux de clic, dans la Search Console. Avant de toucher quoi que ce soit, notez le CTR et la position moyenne sur les quatre dernières semaines. Après la modification, attendez le recrawl (l'inspection d'URL donne la date du dernier passage), puis comparez sur une durée équivalente.
Le piège classique : si la position a bougé entre-temps, le CTR bouge avec elle, nouveau title ou pas. Comparez à position équivalente, en gardant en tête le taux de clic qu'on peut espérer selon sa position dans Google. Relisez aussi la meta description, qui s'affiche juste dessous : j'ai fait le point sur ce que la meta description apporte encore au SEO.
Et ne changez pas vos titres toutes les semaines : chaque modification remet le compteur à zéro.
Un bon title, c'est la requête en tête, une promesse que la page tient et rien que Google puisse juger trompeur : la longueur vient après.
