Les ordres de grandeur, position par position
On va commencer par ce que vous êtes venu chercher. Les grandes études de CTR publiées ces dernières années (elles portent sur des millions de requêtes et de clics) racontent toutes la même histoire, même si leurs chiffres exacts divergent.
- Position 1 : de l'ordre de 25 à 35 % des clics organiques en moyenne. Parfois bien plus sur une requête de marque, parfois beaucoup moins.
- Positions 2 et 3 : on descend vite, autour de 10 à 20 % pour la 2e, un peu moins pour la 3e.
- Positions 4 à 6 : quelques pourcents chacune.
- Positions 7 à 10 : souvent entre 1 et 3 %.
- Page 2 et au-delà : généralement moins de 1 %. Autant dire presque rien.
La forme de la courbe compte plus que les chiffres eux-mêmes : ce n'est pas une pente douce, c'est une falaise. Passer de la 5e à la 2e place peut multiplier votre trafic par trois ou quatre, alors que passer de la 15e à la 11e ne changera à peu près rien.
Retenez ceci : le trafic se joue quasi entièrement dans le top 3, et la page 2 ne rapporte pratiquement pas de clics.
Pourquoi ces moyennes peuvent vous induire en erreur
J'ai vu beaucoup de prévisionnels de trafic construits avec un seul tableau de CTR appliqué bêtement à tous les mots-clés. Résultat : des estimations fausses d'un facteur deux ou trois. Le problème, c'est que la « position 1 » n'occupe pas la même place à l'écran selon la requête.
Ce qui fait varier le taux de clic réel :
- Les annonces payantes en haut de page. Sur une requête commerciale, trois ou quatre annonces repoussent le premier résultat naturel sous la ligne de flottaison, surtout sur mobile. Si vous hésitez entre les deux leviers, notre article sur ce qu'est le SEA et son rôle face au naturel pose les bases.
- Les blocs enrichis : pack local avec carte, carrousels d'images ou de vidéos, « Autres questions posées », fiches produits.
- L'extrait optimisé et les réponses générées par IA. Quand Google répond directement à la question en haut de page, une partie des internautes ne clique plus du tout.
- Le type d'intention : une requête de navigation (« connexion + nom de marque ») concentre presque tout sur le 1er résultat ; une requête d'information large disperse davantage.
- Le device : sur mobile, l'écran est plus court, la chute est souvent encore plus brutale.
- Votre propre snippet : un title clair et une meta description qui donne envie peuvent faire gagner des points de CTR à position égale.
Concrètement, avant d'appliquer un chiffre, tapez le mot-clé dans Google (en navigation privée, sur mobile aussi) et regardez ce qu'il y a au-dessus du premier lien bleu. Ça prend trente secondes et ça évite de vendre du vent.
La méthode pour estimer le trafic d'un mot-clé
Voici comment je procède quand un client me demande « combien de visites si on passe 3e sur telle requête ».
- Récupérer le volume mensuel dans votre outil habituel. Gardez en tête que c'est une estimation, souvent arrondie, et parfois lissée sur l'année.
- Choisir une fourchette de CTR pour la position visée, pas un chiffre unique. Pour une 3e place, raisonnez par exemple entre 5 et 12 %.
- Appliquer une décote SERP : annonces en haut, pack local, extrait optimisé ou réponse IA ? Divisez la fourchette haute, parfois par deux.
- Additionner la longue traîne. Une page qui se classe bien ne capte presque jamais un seul mot-clé : elle ramasse aussi des dizaines de variantes. C'est souvent là que se cache la moitié du trafic réel, d'où l'intérêt de bien réfléchir à la question du nombre de requêtes à viser avec une même page.
Exemple fictif pour illustrer le calcul : un mot-clé à 2 000 recherches par mois, une 3e position visée, une SERP chargée en annonces. Fourchette brute de 5 à 12 %, décotée à 4 à 8 %, soit environ 80 à 160 visites par mois sur la requête principale. On présente ça comme une fourchette, jamais comme une promesse.
Vos propres chiffres valent mieux que n'importe quelle étude
Les études donnent une idée. Votre Search Console donne la réalité de votre site, sur vos requêtes, avec votre marque et vos snippets. Dans le rapport Performances, cochez clics, impressions, CTR et position moyenne, passez sur l'onglet Requêtes et exportez sur plusieurs mois.
Ensuite, regroupez vos requêtes par tranche de position (1, 2-3, 4-6, 7-10) et calculez le CTR moyen de chaque tranche. Vous obtenez votre propre courbe. Elle sera plus fiable pour vos prévisions que n'importe quel tableau trouvé en ligne, à condition d'exclure les requêtes de marque, qui gonflent artificiellement la position 1.
Un détail qui piège souvent : la « position moyenne » de la Search Console est une moyenne sur toutes les impressions, ce n'est pas votre classement exact à un instant T. Une page affichée tantôt 2e, tantôt 9e peut ressortir en position 5 sans jamais y avoir été. Gardez-le en tête avant de tirer des conclusions sur une ligne isolée.
Et la position zéro dans tout ça ?
L'extrait optimisé change la donne, dans les deux sens. Si c'est vous qui l'obtenez, vous gagnez en visibilité et souvent en clics. Si c'est un concurrent, votre 1re place « classique » peut voir son CTR chuter nettement.
Les études se contredisent un peu sur l'ampleur de l'effet, donc je ne vous donnerai pas de chiffre. Pour les sujets de type question, le plus simple reste de viser directement l'encadré : on détaille la méthode dans notre guide pour décrocher l'extrait optimisé en position zéro.