Deux scores maison, signés Majestic
Levons tout de suite le principal malentendu : ni le Trust Flow ni le Citation Flow ne viennent de Google. Ce sont deux métriques créées et publiées par Majestic, un outil britannique spécialisé dans l'analyse de liens, qui crawle le web pour son propre compte et maintient son propre index de backlinks. Google, lui, n'a jamais publié de note d'autorité par site et répète depuis des années qu'il ne se sert pas des scores des outils tiers.
Les deux valeurs s'affichent sur une échelle de 0 à 100 et se lisent ensemble, jamais séparément. Le Citation Flow mesure une quantité : le volume de liens qui pointent vers une page ou un domaine. Le Trust Flow mesure une qualité : la proximité de ce site avec un noyau de sites jugés dignes de confiance. Un site peut très bien afficher un gros Citation Flow avec un Trust Flow au ras du sol. C'est même le cas le plus courant quand quelqu'un a arrosé le web de liens sans réfléchir.
Un rappel avant d'aller plus loin : ces deux notes portent uniquement sur le profil de liens entrants. Si la mécanique vous échappe encore, mon article sur ce qu'est vraiment un backlink pose les fondations.
Citation Flow : combien de liens, et depuis où
Le Citation Flow répond à une question de comptable : combien de liens pointent vers cette adresse, et ces liens viennent-ils eux-mêmes de pages beaucoup citées ? La logique est celle du PageRank d'origine, une valeur qui se propage de page en page. Plus vous recevez de liens, plus le score grimpe ; et plus les pages qui vous lient sont elles-mêmes liées, plus il grimpe vite.
Ce que le Citation Flow ne regarde pas du tout, c'est la nature des sites qui vous citent. Un annuaire monté la semaine dernière, un forum noyé sous le spam et le site d'un ministère comptent tous comme des liens. C'est exactement pour cette raison que Majestic a dû inventer un second score : pris seul, celui-ci se gonfle beaucoup trop facilement.
Précision d'échelle, valable pour les deux notes : la progression est logarithmique. Passer de 5 à 15 demande un effort, passer de 40 à 50 en demande un tout autre. Ne raisonnez donc jamais en écart brut entre deux sites.
Trust Flow : à quelle distance êtes-vous des sites de confiance ?
Le Trust Flow repose sur une idée différente, et plutôt élégante. Majestic entretient un ensemble de sites de référence, sélectionnés manuellement, qui servent de point de départ. Le score d'un site dépend ensuite de sa distance, en nombre de liens, avec ce noyau. Un site directement lié par l'un d'eux hérite d'un Trust Flow élevé. Un site lié par un site lié par un site rattaché à ce noyau en récupère beaucoup moins : la confiance se dilue à chaque saut.
Conséquence pratique, le Trust Flow ne se fabrique pas au volume. Cent liens depuis des sites eux-mêmes coupés de tout ne le feront pas bouger d'un millimètre. Un seul lien depuis un média établi, une université ou une grosse référence sectorielle peut en revanche le faire décoller. C'est ce qui rend la métrique intéressante, et c'est aussi, on va le voir, ce qui la rend manipulable.
D'expérience, la grande majorité des sites que j'audite se situent sous 30. Au-delà de 40, on a affaire à des sites installés depuis longtemps ou très cités dans leur secteur. Ce ne sont pas des paliers officiels, juste des ordres de grandeur que je vois revenir année après année.
Le rapport entre les deux, le vrai réflexe de lecture
Le chiffre qui m'intéresse vraiment n'est ni l'un ni l'autre : c'est leur rapport. Divisez le Trust Flow par le Citation Flow et vous obtenez ce que le métier appelle le trust ratio. Un site à 35 de Citation Flow pour 4 de Trust Flow a beaucoup de liens et presque aucune confiance. Profil typique : quelqu'un a acheté du volume au kilo, ou le site s'est fait spammer sans s'en rendre compte.
À l'inverse, deux scores proches signalent un profil cohérent. La règle de pouce qui circule veut qu'un Trust Flow au moins égal à la moitié du Citation Flow soit rassurant. Ce n'est pas une loi, personne chez Majestic n'a gravé ça dans le marbre, mais comme signal d'alerte pour dégrossir une longue liste de domaines, ça fait très bien le travail.
Le Topical Trust Flow, la colonne que tout le monde oublie
Majestic ne se contente pas d'un score global : l'outil répartit aussi la confiance reçue par thématiques, sous forme d'un classement des catégories dominantes. C'est le Topical Trust Flow, et c'est sans doute la partie la plus utile de l'interface quand il s'agit d'évaluer un site inconnu.
Un Trust Flow de 25 fléché « Santé » sur un site de nutrition raconte une histoire cohérente. Le même 25 fléché « Jeux d'argent » sur ce même site de nutrition raconte autre chose : la confiance vient d'ailleurs, d'un univers sans aucun rapport, souvent d'un passé de domaine dont on préférerait ne pas hériter. Regardez cette colonne avant de vous réjouir d'un beau chiffre.
Ce que ces scores ne disent pas
Premier angle mort, et de loin le plus important : Google ne lit pas ces chiffres. Ils n'apparaissent nulle part dans ses systèmes, et rien dans les consignes officielles de Google Search ne s'y réfère. Un site à fort Trust Flow n'a strictement aucune garantie de bien se positionner, et l'inverse est tout aussi vrai.
Deuxième limite, la couverture. Majestic ne voit que ce que son robot a exploré. Un lien récent, ou posé sur un site que l'outil visite peu, peut mettre du temps à remonter, voire ne jamais apparaître. Les valeurs varient aussi selon l'index consulté (l'index frais, plus récent, ou l'index historique, plus large). Deux personnes peuvent donc annoncer deux Trust Flow différents pour le même domaine sans qu'aucune ne mente.
Troisième limite, celle qui coûte de l'argent : ces scores se manipulent. Majestic suit les redirections, donc rediriger vers un site un vieux domaine chargé de liens fait mécaniquement remonter sa note. Quelques liens bien choisis depuis des pages à très fort Trust Flow produisent le même effet, sans un visiteur de plus. Il existe un marché entier de sites dont la seule caractéristique réelle est un joli chiffre dans Majestic, précisément parce que beaucoup de plateformes de netlinking fixent leurs tarifs dessus. Une métrique qui sert à établir un prix finit toujours par être optimisée pour ce prix.
Dernière limite, plus bête mais systématiquement oubliée : ces notes ne disent rien du trafic. Un site peut afficher un Trust Flow honorable et ne recevoir quasiment personne, parce qu'il n'est presque plus indexé, que son contenu date de dix ans, ou qu'il vise des requêtes que plus personne ne tape.
Comment je m'en sers concrètement
Je garde ces deux métriques pour ce qu'elles font bien : trier vite. Devant une liste de trois cents domaines, le couple Trust Flow / Citation Flow et leur rapport permettent d'écarter en quelques minutes tout ce qui ne mérite pas un examen sérieux. C'est un filtre d'entrée, pas un verdict.
Viennent ensuite les vérifications qui, elles, ne se falsifient pas d'un clic. Le site est-il réellement indexé (une requête site: dans Google donne déjà une idée) ? Reçoit-il du trafic de recherche ? Son contenu ressemble-t-il à quelque chose qu'un humain a écrit pour d'autres humains ? Combien de domaines différents le citent, et avec quelles ancres ? Sur ce dernier point, les bonnes pratiques SEO autour du texte d'ancrage méritent le détour, car un profil d'ancres suroptimisé se repère souvent plus vite qu'un Trust Flow gonflé.
Et si vous découvrez ces notions parce que vous cherchez à évaluer la santé de votre propre site, prenez le problème dans l'ordre : la partie liens passe après la technique et le contenu. La démarche complète, outils gratuits compris, tient dans ma méthode pour mener un audit SEO technique.