Le principe, en une image

Prenez une bibliothèque. Les livres de cuisine dans un rayon, les romans dans un autre, et personne ne range un manuel de plomberie au milieu des recettes. Une structure en silo, c'est ça, appliqué à un site : des ensembles de pages qui traitent d'un même sujet, reliées entre elles et nettement séparées des autres ensembles.

Un silo tient en trois éléments : une page mère, large, qui vise le sujet principal ; des pages filles, plus précises, une par sous-sujet ; et des liens qui font circuler le visiteur (et le robot) à l'intérieur du groupe.

Le mot « étanche » revient dans à peu près toutes les définitions, et c'est là que ça dérape. Personne ne vous demande de couper tout lien entre deux thèmes : simplement que la majorité des liens sortants d'une page restent dans son univers. Une passerelle ponctuelle, justifiée pour le lecteur, ne casse rien.

Pourquoi Google y est sensible

Deux mécanismes, très différents. Le premier est sémantique : Google déduit une partie du sujet d'une page de son contexte, c'est-à-dire de qui pointe vers elle, avec quelles ancres, depuis quelle section du site. Quand vingt pages d'assurance auto se pointent mutuellement dessus, le signal est net. Quand la même page reçoit des liens depuis un article de recettes, une page « nos partenaires » et les mentions légales, il est brouillé.

Le second est arithmétique. La popularité reçue par votre site se redistribue en interne, de page en page, par les liens. Une page qui en affiche cinquante dilue davantage qu'une page qui en affiche huit. En organisant ce flux au lieu de le laisser partir dans tous les sens, vous décidez quelles pages sont alimentées en priorité. Encore faut-il que ces liens soient suivables : Google rappelle qu'un lien doit être une balise a avec un attribut href pour être exploré, ce qui exclut les menus reconstruits uniquement en JavaScript au clic.

Précision utile : le silo n'est pas un critère de classement, c'est un moyen.

Deux façons de siloter, et elles ne s'excluent pas

La première passe par l'arborescence des URL : le thème apparaît dans le chemin, /assurance-auto/ pour la page mère, /assurance-auto/jeune-conducteur/ pour une fille. C'est le silo physique. Lisible pour tout le monde, pratique avec un fil d'Ariane, et ça permet de filtrer les performances par dossier dans la Search Console.

La seconde ne touche pas aux URL. Tout reste à la racine, et c'est le maillage interne seul qui dessine les groupes : silo virtuel. Plus souple, réversible en quelques heures, sans risque technique.

Mon avis après une dizaine d'années à démonter des sites : c'est le maillage qui fait le travail, pas l'URL. Une jolie arborescence avec des liens internes anarchiques ne sert à rien, un maillage propre sur des URL à plat fonctionne très bien. Ne réorganisez donc pas un site existant pour le plaisir de la symétrie : chaque changement d'URL implique des redirections, et chaque redirection est une occasion de perdre quelque chose. Sur un site neuf, autant faire les deux tout de suite.

Silo, cocon sémantique, topic cluster : le vocabulaire

Trois mots pour une même famille d'idées. Le silo est le plus ancien : ranger par thèmes, contenir les liens. Le cocon sémantique, popularisé en France par Laurent Bourrelly, part de l'intention et du parcours de l'internaute avant de parler de pages, et impose des règles de liens bien plus strictes. Le topic cluster, venu du marketing de contenu anglo-saxon, décrit un schéma plus souple : une page pilier, des satellites, des liens qui remontent vers le pilier. Ce qui change d'une approche à l'autre, c'est le degré de rigueur qu'on s'impose sur les liens, pas la logique de fond.

Construire un silo, dans l'ordre

La méthode que j'applique en mission. Elle tient sur un carnet, pas besoin d'outil payant.

  1. Lister les sujets réels du site, pas les rubriques du menu actuel. Trois à six grands thèmes suffisent. Si vous en trouvez quinze, c'est que vous découpez trop fin.
  2. Écrire une page mère par thème, sur le mot-clé le plus large. C'est elle qui recevra le plus de liens internes, donc elle mérite un vrai contenu, pas trois lignes d'introduction et une grille de vignettes.
  3. Cartographier les pages filles : une fille pour une question précise, une intention distincte. Deux pages qui répondent à la même question sont un problème, pas une couverture améliorée.
  4. Décider où ça vit, dossiers d'URL ou simple regroupement logique. À trancher avant d'écrire, jamais après.
  5. Poser les liens : la mère vers chaque fille, chaque fille vers la mère, et des liens entre filles quand la lecture le justifie.
  6. Varier les ancres sur toute la longueur. C'est ce qui distingue un maillage naturel d'un maillage mécanique, et j'ai détaillé ailleurs les bonnes pratiques à respecter dans une ancre de lien.
Feuille quadrillée avec trois groupes de pages dessinés au crayon et reliés par des flèches

Une remarque sur l'étape 3, parce que c'est là que les silos meurent : le maillage distribue de la popularité, il n'en fabrique pas. Dix textes creux parfaitement reliés ne produiront rien. Tout se joue à l'écriture, et l'exercice consiste toujours à écrire pour Google sans jamais perdre de vue vos lecteurs.

Ce qui vide un silo de sa substance

Les erreurs que je retrouve presque à chaque audit :

  • Le menu qui pointe partout. Un méga-menu affichant les soixante pages du site sur chaque page annule tout l'effort de cloisonnement, et le pied de page fourre-tout fait pareil.
  • Des filles qui se marchent dessus : deux pages sur la même intention se concurrencent, Google en choisit une (rarement celle que vous vouliez). C'est le moment de savoir repérer puis corriger un contenu dupliqué.
  • La page mère creuse, réduite à un titre et une grille d'articles alors qu'elle concentre le plus de liens internes.
  • Le silo trop profond. Au-delà de trois clics depuis l'accueil, les pages du fond reçoivent des miettes. Élargissez plutôt que d'empiler des niveaux.
  • La même ancre partout : trente liens internes avec la formulation exacte du mot-clé, ça se repère à l'œil nu.

Et une plus rare, mais brutale : des liens internes qui passent par du JavaScript non exploré ou par des redirections en cascade. Le silo existe sur la maquette, pas pour le robot.

Quand ça ne sert à rien

Sur un site de quinze pages, oubliez. Tout est déjà à un clic de l'accueil, il n'y a ni profondeur ni dilution à corriger, et vous passeriez un week-end à ranger un placard vide. Le sujet devient intéressant à partir de plusieurs dizaines de pages et d'au moins deux univers thématiques distincts.

Le silo ne compense pas non plus une absence d'autorité : si votre site ne reçoit aucun lien externe, réorganiser la circulation interne revient à mieux répartir zéro. Google le formule simplement dans son guide de démarrage officiel : une organisation logique aide surtout les moteurs à trouver et comprendre vos pages.

Au fond, visez ça : qu'un lecteur arrivé au hasard sur n'importe quelle page comprenne en trois secondes de quel sujet elle relève, et trouve sans réfléchir les deux ou trois pages voisines. Si c'est le cas, votre silo est bon, quel que soit le nom qu'on lui donne.